25 février 2008

Woody Allen
« Coups de feu sur Broadway »

Etre un artiste, ou ne pas être ?






« J’aurais voulu être un artiste / Pour pouvoir être anarchiste et vivre comme un millionnaire... » Ce refrain qui a hanté les années 1980 consacre la création artistique comme un prestigieux passeport mondain et encourage l’ego du créateur à devenir le seul commanditaire de son travail. Plus question de faire une œuvre d’art pour faire une œuvre d’art : la création n’est plus une fin, mais un moyen — le moyen le plus admirable de réussir sa vie. Le film de Woody Allen « Coups de feu sur Broadway » apporte un démenti cinglant à cette doctrine pour laquelle il est malséant et exclu que l’art puisse être l’œuvre d’un anonyme, voire d’un hors-la-loi.  Lire »




15 février 2008

Aimé Césaire
« Discours sur le colonialisme »

Jamais l’homme européen ne s’élance vers l’avenir






Si, comme le dit l’expression proverbiale, « ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire », il faut se demander qui sont les véritables vainqueurs de la décolonisation : les peuples colonisés qui se sont libérés du joug de l’oppresseur ? ou bien les anciens colonisateurs qui se libèrent enfin aujourd’hui de la part d’ombre de leur propre histoire ? Admettons que le colonialisme comporte au moins quatre moments : 1. Je viens chez toi. 2. Je prends tout ce qui est à toi. 3. Ce que je n’ai pas pu prendre, je le détruis. 4. Je revendique enfin la légitimité à raconter la seule version "raisonnable" de ce j’ai fait. C’est à la critique de ce quatrième moment que peut désormais nous aider une relecture du « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire.  Lire »




12 janvier 2008

Herman Melville
« Bartleby »

Pouvoirs des formules magiques / formules magiques des pouvoirs






À chaque demande, à chaque ordre qu’on lui donne, Bartleby répond par une formule obsessionnelle : « Je ne préférerais pas ». On a glosé à l’infini sur ce petit texte, cherchant à savoir si Bartleby était fou, cynique, inconséquent ou révolté. De toutes ces interprétations, nous n’en retiendrons, ni n’en rejetterons aucune. Car la nouvelle de Melville ne fait rien d’autre que dire ce qu’elle dit, littéralement et dans tous les sens. Et ce qu’elle dit, c’est qu’il existe des formules magiques. Que certaines formules magiques ont un pouvoir pour changer l’ordre des choses, tandis que d’autres, à l’inverse, sont les formules complices des pouvoirs pour renforcer cet ordre des choses.  Lire »




20 novembre 2007

Alain Badiou
« De quoi Sarkozy est-il le nom ? »

La démocratie au pied de la lettre






Nous savons désormais que l’élection que N. Sarkozy ne fut pas un accident. « Dans six mois », disait-on (pour s’en plaindre ou s’en réjouir), « cela aura l’air moins grave » : le temps devait arrondir les angles et la fonction légitimer l’homme. Les mois sont passés, et cette très mauvaise surprise n’est plus une surprise : rien ne s’est estompé, bien au contraire. Comprendre pourquoi, c’est percer à jour le véritable événement masqué par la personne du président. « Ce vote, qui ne fait que nommer la venue de la chose immonde à l’ordre du jour, a toute la structure d’un coup attendu. » C’est le philosophe Alain Badiou qui écrit cela, dans son essai « De quoi Sarkozy est-il le nom ? ».  Lire »




14 novembre 2007

Roland Barthes
« L’usager de la grève »

Démystifier l’usager






Dans ses Mythologies, publiées en 1957, Roland Barthes consacre un article à l’usager de la grève. Au sein de cet ensemble critique, l’usager est pris en otage, une fois n’est pas coutume, entre les romains aux cinéma et les martiens, l’Abbé Pierre et Greta Garbo, le strip-tease et la nouvelle Citroën. Si l’usager de la grève a pourtant toute sa place dans ce recueil, c’est qu’il est, lui aussi, un mythe. Un mythe assez bruyant et aux contours désormais suffisamment nets pour paraître réel - mais un mythe tout de même. C’est-à-dire une construction de l’esprit, une affabulation, une invention pure et simple. Il n’y a pas plus d’usager de la grève que de beurre en broche.  Lire »




6 novembre 2007

Jean Giraudoux
« Siegfried »

La société de l’ambition






Parmi les pièces à charge fournies aux procès des totalitarismes, figure toujours en bonne place la volonté de forger un « homme nouveau ». Dénoncer l’homme nouveau du communisme, par exemple, est l’une des figures rhétoriques favorites du discours néo-libéral. La tactique étant d’insinuer que le libéralisme, au contraire, serait une politique de tolérance qui prendrait l’homme tel qu’il est. Pourtant, si l’on analyse la société de l’ambition où prospère l’idéologie dominante, on perçoit un ordre dans lequel seul peut s’épanouir, là encore, un homme nouveau. Mais lequel, désormais ? « Siegfried », la pièce de Jean Giraudoux, peut nous aider à répondre.  Lire »





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